Dans sa politique volontariste de croissance externe, Loyal Touch a été amenée à plusieurs reprises à acquérir des sociétés payées par échanges de titres avec d'autres sociétés du Groupe. Si cela peut être un moyen tout à fait adéquat lorsqu'on ne dispose pas de trésorerie, cette pratique peut toutefois avoir des
effets en trompe-l'oeil lors de la lecture des bilans.
Un petit topo pour ceux d'entre vous qui ne seraient pas des familiers de la comptabilité des groupes :
Je vous suggère de regarder le cas d'une toute petite acquisition, celle de la société Overdrive, réalisée en mai 2009. Exemple choisi en raison des faibles montants, l'essentiel n'étant pas ces montants, mais la technique comptable.
Overdrive est une société de conseil en marketing, qui appartenait de façon directe ou indirecte à Jérôme Blanchon via sa holding "Birdie". Spécialisée dans le conseil en action commerciale (accompagnement des forces de vente, évènementiel, campagnes d'incentive, ...) et possédant des savoir-faire en termes de communication au sens large, l'agence a vu son chiffre d'affaires régulièrement décliner de 2004 (CA : 1,4 ME soit à peu près le même que celui de ID)à 2008 : 871 K€. A fin novembre 2008, date des derniers comptes parus, Overdrive affichait des Fonds Propres de 222 K€, après prise en compte de sa perte de l'exercice de 181 K€.
La cession s'est faite à un prix convenu de 560 K€, dont 110 K€, soit la moitié de la situation nette, payable en cash. Les 450 K€ restants ont fait l'objet d'un échange d'actions :
1. Inscription dans les comptes de ID d'une créance de 450 K€ au nom de Birdie
2.
Augmentation de capital de 450.000 euros (prime d'émission incluse) par création de 81.818
actions ID réservée à Birdie, et payée par compensation avec la créance précédente.
Les fonds propres augmentent donc de 450 K€, la trésorerie est appelée à diminuer de 110 K€. A l'actif, ID voit augmenter ses participations de la valeur nette, soit 222 K€, et le poste
Ecart d'acquisition du solde, soit
338 K€.
En regardant de façon superficielle, on pourra avoir
l'impression que le Groupe a augmenté sa stabilité financière. Surtout si entre-temps le groupe reclasse cet "écart d'acquisition" en immobilisation incorporelle, justifiant qu'elle a acquis de la sorte une marque, ou un portefeuille de clients....
En réalité, les actionnaires ont été (très légèrement, compte-tenu des faibles montants) dilués au passage, et Loyal Touch a acquis une société qui ne valait comptablement que 222 K€. L'opération ne deviendra économiquement intéressante que si Overdrive parvient à redevenir bénéficiaire.
A noter que si l'acquisition s'était faite en cash à la valeur comptable, les fonds propres auraient été inchangés. Si elle s'était faite au prix convenu, toujours en cash, là encore les fonds propres seraient restés identiques.
Il y a longtemps, les écarts d'acquisition s'appelaient des
"non-valeurs". Un terme qui avait un sens. Et qui incitait certains analystes à déduire ces "non-valeurs" du montant des fonds propres. Au moins pour les acquisitions de l'année. Hérétique?
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